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Identité nationale: que doit dire la gauche

Posté par section le 22 novembre 2009


Pour les deux anciens ministres socialistes Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès, la gauche ne doit pas déserter le débat. Même si la manœuvre est électoraliste.

Tout a été dit sur la grossièreté de la manœuvre : le moment choisi pour parler de ce sujet sérieux et complexe -à quelques mois d’élections difficiles pour la droite- ; la problématique -des thèmes sélectionnés pour plaire à l’électorat d’extrême droite- ; la méthode -une fausse consultation, ignorant le Parlement, à partir d’un questionnement faussé et tendancieux- ; son maître d’œuvre – un renégat socialiste, ancien pourfendeur du sarkozysme et de ses inquiétantes dérives… Bref, tout concourt à disqualifier l’opération, dont la finalité électoraliste ne fait aucun doute. La gauche a raison de ne pas se prêter au jeu politicien qui consiste à organiser des réunions dont le caractère superficiel et la finalité ne font aucun doute. Pour autant, elle ne doit pas se contenter de dénoncer la manœuvre, car elle peut la retourner contre ses auteurs, en requalifiant les enjeux et en refusant de se placer sur le terrain erroné et dangereux choisi par le « ministre de l’identité nationale et de l’immigration ». Héritière des conceptions universalistes et progressistes de notre histoire, elle doit répondre aux incertitudes nationales et démontrer que la politique du gouvernement est fondée sur l’exaltation des différences, la compétition entre groupes et communautés, le creusement des inégalités. La devise de la République, liberté, égalité, fraternité est vidée de sa force propulsive.

Une crise d’identité ? Plutôt un manque de perspective d’avenir

Nos concitoyens voient bien que cette opération est un dérivatif pour éviter le débat sur les sujets brûlants: le chômage, les difficultés sociales, la désindustrialisation, les inégalités croissantes, la fiscalité et l’endettement, la remise en cause des services publics, la montée de la violence… Ils veulent des solutions concrètes à leurs problèmes, mais ils s’inquiètent de l’avenir de leur pays et de leurs enfants,  ils regrettent la perte de cohésion de la société et l’affaiblissement de la transmission des valeurs républicaines -auxquelles ils adhèrent très majoritairement- et ils aspirent à un projet commun qui porte une vision d’avenir, une perspective de progrès.

Car ils savent que l’identité nationale -si ce concept a réellement un sens- est d’abord la construction d’un espace politique autour de principes partagés, qui évoluent au cours du temps en s’enrichissant et autour d’une langue commune. Quand ce pacte n’est plus explicite, quand les promesses de progrès s’éloignent et que se creuse un fossé entre les principes et la réalité, le pays connait un lourd malaise et, d’une certaine façon, une crise d’identité.

La mondialisation libérale et la politique de Sarkozy menacent plus l’identité nationale que l’immigration

    Expliquer ce malaise et cette crise à partir de la question de l’immigration est inacceptable et erroné. En réalité, c’est plutôt la mondialisation libérale qui tend à contester et à remettre en cause les principes républicains, fondateurs de notre identité nationale. Ceux-ci se sont forgés au cours de l’histoire, se développant et s’élargissant, souvent grâce à l’apport décisif de la gauche. Ces éléments majeurs du pacte républicain, qui constituent l’identité française aujourd’hui, s’appellent :
- la devise de la République: liberté, égalité, fraternité ;
- les droits de l’homme et du citoyen ;
- l’Etat, qui incarne l’intérêt général, garantit la cohésion nationale, prépare et garantit l’avenir du pays ;
- le peuple souverain, qui entend maitriser son destin ;
- la délibération collective, contre le pouvoir personnel ;
- le droit du sol;
- la laïcité ;
- l’école publique et l’attention au développement et aux droits de l’enfant
- la protection et la sécurité sociale ;
- les services publics, acteurs essentiels de l’égalité et garants des biens communs, en particulier des ressources naturelles
Qui ne voit que ces conceptions ont été mises à mal par la montée du libéralisme économique et la domination des conceptions anglo-saxonnes ?

Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs clairement annoncé, au cours de sa campagne présidentielle, qu’il fallait rompre avec le modèle social français. Il s’est fait depuis le chantre de ces thèses, en sapant d’autres piliers de cette identité ou en prétendant la rénover : remise en cause de la laïcité (discours de Latran, Loi Carle, accord Kouchner/Vatican …) ; discrimination positive (tentative d’inscrire dans la constitution la reconnaissance des diversités !) ; accroissement de la dérive monarchique du pouvoir ; utilisation fréquente de propos « provocateurs », qui mettent à mal la vision humaniste que devrait promouvoir le chef de l’Etat. La Présidence de Nicolas Sarkozy est donc bien une menace pour l’identité française.

L’identité de la France, c’est la République

    Plus largement, le problème vient surtout du fait que nos valeurs républicaines s’incarnent de moins en moins dans le réel et ne semblent plus orienter l’évolution de la société française. Comment convaincre que la devise inscrite sur nos frontons est notre ambition commune, quand les inégalités sociales s’accroissent, le racisme s’installe, la promotion sociale est stoppée, certains quartiers dérivent en ghettos, quand se développent les privilèges pour certains et se multiplient les handicaps pour les autres, quand l’héritage et la fortune transmise comptent plus que le travail et le talent de chacun, quand le mauvais exemple vient du haut et que la République est sans cesse convoquée pour imposer des contraintes, des limitations et de moins en moins  pour favoriser l’émancipation de tous ! Certains enragent, d’autres se résignent. Le pays est désorienté.

    Il est évident que l’intégration des populations immigrées est plus difficile, si le pays doute de lui-même, perd ses repères  et ne se donne pas les moyens de la réussir.

La France n’est ni un territoire unique, ni une nation ethnique

Le choix du terme « identité » est contestable, car il privilégie une vision intemporelle et statique de la nation : approche partagée par ceux qui nient l’apport permanent des immigrés à notre pays et ceux qui valorisent la référence à la terre « éternelle ». Tenter de rattacher cette identité à la terre est d’ailleurs assez cocasse. De quelle terre parle-t-on ? Celle de Philippe Auguste? De Louis XIV, qui lui ajouta quelques provinces étrangères comme l’Artois ou le Roussillon? De Napoléon Bonaparte, qui crut pouvoir l’étendre à toute l’Europe? Des colonies, de l’Algérie d’avant 1962?….Cela n’a pas de sens. La France n’a jamais été une réalité achevée, une donnée figée de la nature et de l’histoire. Ni territoire ni « esprit d’un peuple », la France est, comme l’a rappelé Fernand Braudel, un résidu, un amalgame, des additions, des mélanges.


Géographiquement, la France hexagonale est un carrefour entre des mondes  – continental, océanique, méditerranéen-, fait de centaines de micro-milieux, d’une mosaïque de paysages marqués par l’homme, lui-même contraint par la diversité des milieux. Il n’existe pas une France naturelle, mais des France géographiquement différentes. C’est encore plus vrai aujourd’hui, avec l’apport de l’outre mer.
La réalité démographique et ethnologique est, elle aussi, complexe et artificielle, faisant cohabiter les trois principaux mondes de l’Europe occidentale: germanique, celte et méditerranéen. La population française est – sur notre continent – celle qui a le plus précocement et le plus complètement brassé les ethnies.

    Le pacte républicain est devenu le fondement déterminant de notre destin commun et le socle de l’unité de notre nation. C’est le 14 juillet 1790, au Champ de Mars, à Paris, que les représentants des provinces décidèrent de créer ce que Renan définissait comme « cette grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, qui crée une conscience morale qui s’appelle une nation ».

La gauche a une responsabilité historique

La France naît à chaque instant d’un contrat collectif et d’un combat permanent qui, s’il s’interrompait, ferait tout s’écrouler. Peut être cette «  fragilité » apparente inquiète-t-elle nos concitoyens, surtout lorsque personne n’éclaire plus l’avenir. Là est la tâche de la gauche. Elle a imposé l’égalité dans notre devise, alors que la droite l’a toujours contestée, en tentant, récemment encore, de lui substituer l’équité. Elle a promu la fraternité, en alliant reconnaissance des droits individuels, des droits fondamentaux avec l’indispensable solidarité, la mutualisation des risques, le brassage social. Elle a porté en permanence l’élargissement de l’idéal républicain à l’ensemble des champs de la vie collective et singulièrement dans l’économie et le social.

Elle a toujours occupé une place déterminante dans les combats pour la liberté, dont certains reprennent, hélas, une singulière acuité, comme celui pour la laïcité, l’humanisme ou le développement des libertés publiques. Quant à l’internationalisme, c’est un des grands apports de la gauche, qui n’a jamais confondu la nation et le nationalisme, l’amour de la patrie et le repli sur soi ou le rejet des autres. Elle sait que, lorsque le nationalisme s’installe dans notre pays, il s’affaiblit, il recule et les problèmes intérieurs, les difficultés sociales s’accroissent. Elle sait aussi que la citoyenneté française n’exclut en rien la revendication de participer à une citoyenneté européenne et même l’espérance d’une citoyenneté mondiale.

L’épopée républicaine de notre pays n’est pas achevée. Elle constitue toujours un moteur  puissant pour nos concitoyens et elle conserve une force d’attraction indéniable dans le monde. On le voit bien, la crise et les bouleversements actuels requalifient  le modèle français, que le cycle ultralibéral a tant malmené. Y a- t- il dans notre pays une volonté politique suffisante pour engager cette reconquête ? Aurons-nous l’audace et le courage d’affronter le grand défi de l’égalité ?  Sans progrès vers l’égalité, le doute prendra le pas sur l’espoir. La gauche a, là, une responsabilité majeure et doit porter cette vision mobilisatrice de l’avenir. L’identité nationale a moins besoin de débat que d’action.

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Dix raisons de Choisir 4 Slogans chiffés

Posté par section le 22 novembre 2009

35, 60, 1600, 20 :

       1 – Pour convaincre 23 millions de salariés dont 17 du privé, il faut centrer sur le code du travail, les droits immédiats liés aux salaires et à la protection sociale. Lionel Jospin avait gagné en 1997 en osant « les 35 h sans perte de salaire » : alors qu’en 1995 il défendait les 37 h, avec des nuances sur les bas et hauts salaires, il y était allé franco et clairement, dès le 27 avril 1997, jour de la dissolution. Il faut toujours au moins un mot d’ordre phare, central, social pour gagner.

       2 – Un « projet », ça ne peut pas être une succession de grandes promesses et de grandes intentions. Échaudé l’électorat de gauche est devenu, à juste titre, méfiant. Les grandes phrases et les envolées lyriques contre la droite, contre le capital financier, pour « nos valeurs, pour la justice » ne sauraient remplacer des propositions concrètes. Offrir une « politique de civilisation » ne peut suffire. Même l’appel à une VIe République sociale (qui serait préférable à nos yeux) ne parviendrait pas à convaincre si on n’y ajoute pas du concret immédiat, saisissable, palpable qui change les conditions de la vie pour des dizaines de millions de gens.

       3 – Un projet « sociétal » ne vaut pas un « projet social ». Bien sûr, il faut les deux. Bien sûr, il faut mettre au coeur d’un projet l’école, et l’environnement, la recherche, ont une place décisive dans tout projet. Mais pour bien aller à l’école, pour sauver un bon environnement, pour se tourner vers les technologies d’avenir, il faut « des sous dans le porte-monnaie ».

      4 – Redistribuer les richesses, c’est la condition première de la relance. Il ne faut pas, contrairement à ce que prônent nos sociaux libéraux, relancer l’économie d’abord pour redistribuer les richesses ensuite. Il faut donner 200 milliards aux salariés, pas aux banques : donner de l’argent aux banques c’est arroser le sable et les bonus : on le vit. Les banqueroutiers demeurés incontrôlés rejouent au casino sans pour autant faciliter le crédit et l’investissement. Tandis qu’avec une hausse massive des salaires, ceux qui en bénéficieront dépenseront et cela stimulera relance et emploi.

      5 – Le combat pour l’environnement ne peut pas non plus précéder ni remplacer la redistribution des richesses, il en est un effet, un accompagnement, une partie prenante. Pour sauver la banquise, il faut lutter contre les banquiers. La poll tax doit viser Total et pas les ménages. Les changements institutionnels (VIe République parlementaire, constituante, suppression du cumul des mandats, proportionnelle, etc…) sont vitaux mais pas assez mobilisateurs, il faut d’abord conquérir une majorité sur des objectifs sociaux de masse.

       6 – Les hausses massives de salaires sont le meilleur, le plus simple, le plus direct des moyens de redistribution entre capital et travail. Augmenter les salaires, c’est renflouer du même coup les caisses de protection sociale, la sécu et les retraites ! La CGT réclame 1600 euros pour le Smic. Ce serait une hausse plus basse que celle de mai 68 (elle fut de 33% et cela porterait le Smic à 1750 euros aujourd’hui). Elle est possible et toutes les entreprises s’en porteraient mieux, comme en 68, contrairement à ce qui est colporté. La hausse du Smic boostera tous les autres salaires, équivalant à des hausses de 200 euros pour toutes et tous.

       7 – La réduction du temps de travail est incontournable pour lutter contre le chômage de masse et 2000 chômeurs de plus par jour. Contre le travail partiel appauvrissant, il faut maintenir les salaires et faire respecter les 35 h hebdomadaires, rendre les heures supplémentaires plus coûteuses que l’embauche, baisser les durées maxima quotidiennes et hebdomadaires, rétablir deux jours de repos consécutifs. Oui, on peut, on doit travailler moins, mieux et tous !

       8 – Il faut donner la priorité à l’emploi des jeunes et pas à celui des « seniors ». Les salariés continuent dans la vie réelle à ne travailler que 37 annuités : 2 sur 3 ne sont plus au travail à 57 ans. Rétablissons le plein emploi pour les jeunes et pour les adultes et si l’emploi réel progresse jusqu’à 58 ans, 59 ans, la retraite à 60 ans pourra se défendre avec un niveau décent, calculé sur les 10 meilleures années, à un taux de 75% pour tous indexé sur les salaires. C’est avec une échelle mobile des cotisations salariales et patronales qu’il faudra jouer pour faire face à des difficultés éventuelles dûes à la hausse du nombre de retraités.

       9 – Il faut répondre à la franche haine sociale que suscite la crise sans précédent, financière, boursière, spéculative que le capitalisme vient de produire. Les parachutes dorés, les retraites chapeaux, les stocks options, les bonus de toutes sortes sont insupportables de même que la fraude fiscale, les niches fiscales (72 milliards), les fortunes odieuses des 500 familles, les profits massifs du CAC 40 qui licencie quand même : il faut un message fort et clair, pas de revenus supérieurs à 20 fois le Smic, au-dessus, l’impôt prend tout. La fiscalité directe et progressive (l’impôt juste, IS, IR…) doit l’emporter sur la fiscalité indirecte et proportionnelle (l’impôt injuste, TVA, taxes…).

       10 – Avec le projet « 35, 60, 1600, 20 », la défense des services publics nous amènera tous ceux qui souffrent des reculs de l’école, de l’hôpital, du logement, des transports, des communications, des équipements publics. Il faut, selon nous, rétablir le projet d’une « économie mixte » où les lois de la République l’emportent sur celles du marché, où la réglementation l’emporte sur la prétendue concurrence libre et non faussée, où le juste échange l’emporte sur le prétendu « libre-échange », où le droit du travail s’impose aux actionnaires. Le service public doit être renforcé et étendu, dans tous les domaines de l’eau, de l’énergie, des transports, des logements, de l’éducation, de la santé, de l’environnement, de la communication.

C’est ainsi que nous gagnerons la confiance des 7 millions de travailleurs pauvres, la confiance des 23 millions de salariés, soit 91 % de la population active. Et alors, on aura le ban et l’arrière ban de l’électorat de Gauche, on gagnera à coup sur les élections présidentielles et législatives.

Une union de toute la Gauche dynamique se construira plus aisèment dès qu’on aura un tel projet et les questions d’alliance avec le Modem deviendront non seulement caduques mais aussi apparaîtront vaines, perdantes, risibles.

 

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